Les biographies de Céole

Fauteuil 33

 

CHAPITRE  I

Mon grand-père Eugène

 

Il faisait chanter nos cœurs

Qu’importe sa manière

Ce n’était que du bonheur

 

            En plein centre de Barbezieux, une maison de deux étages dont les fenêtres donnent sur l’avenue principale, le boulevard Gambetta. C’était le lieu d’habitation de la famille Lepert. Eugène, le grand-père, originaire d’Angers, compagnon du tour de France. Au sein de cette association réputée, il avait bourlingué un peu partout dans l’hexagone, moissonnant ici, vendangeant là, bricolant dans tous les domaines au service des gens, sans compter les soirées qu’il animait musicalement… pour le plaisir de tous…

            Passant à Barbezieux en 1913, il tomba amoureux d’une petite fille calme et souriante Agathe Ardouin, la séduisant en lui jouant de l’accordéon… et lui promettant de venir la retrouver une fois son service militaire accompli… Destination dans un premier temps, Bizerte, la Tunisie. Agathe reçut du courrier d’Eugène qui, hélas, fut très vite embarqué dans la guerre 14-18… La campagne de la Somme, gazé à Ypres, Eugène resta absent durant toute la guerre mais, fidèle à son engagement, il revint à Barbezieux pour épouser Agathe… La fille timide, qui vivait de petits travaux agricole et de couture, lui donna deux enfants, Marius, qui s’installa rue Trarieux au numéro 40 et Alexina, qui, elle, vivait avec ses parents du fait de ses très modestes revenus de couturière… Alexina avait rencontré en 1937, Marcel Descombes, représentant, qu’elle épousa et lui donna un fils Jean-Michel, né en Février 1938… Mais, très vite, la guerre 39-40 obligeant, Marcel endossa l’habit de militaire et fut prisonnier et envoyé dans un stalag à Munich… Les habitants du 33 Boulevard Gambetta vivaient dans l’attente de jours meilleurs.


1941 - 1944


Il faisait chanter nos cœurs

Qu’importe sa manière

Ce n’était que du bonheur

 

            Un soir, grand-père se faisait attendre. Vingt et une heure sonnait à la pendule. Grand-mère tricotait pendant que maman repassait avec un petit fer tout en fer dur, qu’elle plaçait à proximité des flammes dans la cheminée pour qu’il soit chaud. Elle le prenait avec des torchons en prenant soin de ne pas se brûler. C’est ainsi que les femmes repassaient à l’époque. Ceci était le labeur faisant parti des tâches ménagères des femmes du début du XIXème siècle. Je me tenais tout près de la cheminée, admirant le bois qui pleurait sous la chaleur des flammes vives. La soirée était déjà plus qu’avancée, au cœur de ce mois de mars 1941 quand la porte s’ouvrit enfin sur les pas de mon grand-père, un retard pouvant laisser penser au pire.  Il arriva avec les sacoches de son vélo pleines des aliments qu’il avait récupérés chez ses clients, à la campagne. Notre jardin était beaucoup trop petit pour prétendre y cultiver des légumes. Le gouvernement avait instauré un système de ticket de rationnement  pour s’alimenter et s’habiller, nous appelions ça, la restriction. Mon grand-père, lors des visites chez ses clients, repartait souvent avec des légumes. Ils venaient compléter l’ordinaire, souvent restreint. C’était quatre bouches qu’il fallait nourrir au quotidien.  Cette nourriture, oh ! combien précieuse, nous permettait de manger mieux pour un repas, voir deux. Je voyais maman et grand-mère affairées  et heureuses pendant que grand-père et moi piaffions d’impatience devant le repas de fèves, haricots, salades, que les femmes nous préparaient avec amour. A la table ce fut un festin. Après le repas, grand-père prenait sa guitare, s’installait au coin de la cheminée et nous donnait à entendre des moments de bonheur. Le lendemain, j’accompagnais grand-père en ville. Nous entrions chez le marchand de journaux et il achetait le journal local

- Tiens, approche Jean, me dit mon grand-père,  je vais te raconter  les meilleures histoires du monde.

            Grand-père ouvrait  le journal et me lisait les péripéties du conflit mondial. Il me citait les Patton, Joukov, Leclerc, des résistants qui voulaient à tout prix chasser cet Hitler pas du tout humain qu’il n’appréciait pas du tout.

- Jean, il va falloir que tu apprennes qui sont ces gens, que tu apprennes aussi ces problèmes de conflit. Tu sais, petit, c’est très important pour toi que tu saches.

            J’opinais de la tête, et je m’y tenais. A compter de ce jour, je lus le journal tous les jours et je me mis à rêver d’aller à la rencontre de ces héros C’était un plaisir pour moi de progresser tous les jours avec ces troupes en Europe. Elles faisaient parties de mon quotidien.

- Grand-père, tu penses qu’ils passeront chez nous un de ces jours ?

            Un peu plus tard, en juin, mon grand-père m’emmena voir des personnes qui me caressaient les joues en me disant

- Quand tu viendras nous voir, il faudra que tu sois bien sage. Jean il va falloir que tu ailles à l’école. C’est un moment très important pour ta vie. Tu y apprendras beaucoup de choses comme le Calcul, l’Histoire de France. Aussi, l’école va t’apprendre à écrire comme dans les beaux livres et les manuels scolaires, avec de jolies phrases. Tu vois, l’école, c’est le progrès dans la vie, s’empressait d’ajouter mon grand-père.

            Le soir venu, en rentrant à la maison, il me donna un calendrier en me recommandant d’apprendre les noms et les dates correspondantes à leurs fêtes.

- C’est un excellent entraînement pour la mémoire. Comme ça, tu vas en savoir des choses.

            Ce fut pour moi un tout premier challenge. Non seulement je connus rapidement les artisans de la guerre 1939 -1944, mais en même temps, tous les Saints du calendrier me devinrent familiers. Très vite, tous les soirs,  grand-père me les fit réciter jusqu’au jour, à ma grande surprise, il m’emmena dans un bistrot. Là, il s’empressa de dire au barman

- Je te parie l’apéritif, que tu demandes à mon petit fils, le Saint de n’importe quelle date, le petit te répondra tout de suite

Sceptique, le barman rentra dans le jeu

- Dis-nous jean, le 19 août, qu’est-ce que c’est ?

            Le Saint du 19 août est «  Jean Eudes », j’annonçais sans même hésiter et tout heureux pour mon grand-père. Le barman dût tenir sa parole, et nous repartions, après avoir bu l’apéritif sans avoir déboursé un seul franc. Nous renouvelions l’opération dans les deux autres cafés de la ville, avec tout autant de succès. C’est gratuitement qu’il buvait l’apéritif. C’était son but, et j’étais heureux qu’il soit fier de moi. Ces rendez-vous se renouvelaient fréquemment, et j’avais bien du mal à garder ma main dans celle de grand-père un peu trop aviné. J’étais loin d’imaginer le mal qu’il se faisait en agissant de la sorte. C’était sa santé toute entière qui en pâtissait. Les jours où il restait à la maison, c’était plutôt rare, il me donnait des leçons de belote, un autre nouveau challenge. Si bien, que quand je franchissais les grilles de l’école pour la première fois, je savais lire et écrire comme grand-père me l’avait appris. J’étais tout à la fois malheureux pour mon grand-père de le voir rentrer en vacillant, et à la fois heureux d’avoir étendu mon savoir à des adultes qui en restaient ébahis.

 

Juin 1944


Je développais ma mémoire

Dans les heures sombres de l’Histoire.

Ce fut grâce à mon grand-père,

L’Art d’échapper à la misère


Le passage de l’ennemi par Barbezieux

            C’était de plus en plus le malaise à la maison. Ma mère travaillait jusqu’à minuit, tant qu’à grand-père, il n’avait plus son petit portefeuille d’assurance « La Séquanaise » seule satisfaction financière de notre foyer. Dans cette ambiance particulière de la guerre les troupes Allemandes, se dépêchaient de quitter le territoire français. Certaines d’entre elles passèrent par Barbezieux. Les camions se garèrent juste devant la maison. Je restais figé devant la fenêtre du rez-de-chaussée. De ma place, je pouvais voir de très jeunes soldats Allemands en descendre. Avaient-ils 17 ans, 18 ans, leurs physionomies me disaient qu’ils n’étaient pas encore majeurs. M’apercevant, ils vinrent à moi en pleurant en même temps qu’ils m’embrassaient. Ma grand-mère, émue par cette scène, leur donna trois tartines de pains et des carottes, laissant couler de chaudes  larmes sur leurs joues. Elle accompagnait  ces camions du regard, jusqu’à ne plus les voir.

            Je ne rêvais qu’à la fin de la guerre, quand, un soir, Eugène mon grand-père rentra le sourire aux lèvres et nous annonça

- Demain, j’ai un rendez-vous

            Nous sommes en juillet. J’ai six ans. Le lendemain grand-père m’emmena avec lui. Nous marchions  sur les boulevards, par une journée caniculaire, quand il s’arrêta devant une maison fermée depuis très longtemps.

- Regarde, me dit-il me dit en désignant la maison du doigt, ici, tu verras demain, les plus belles images du monde, et il se tut...


 


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Commentaires

08.08 | 15:12

je viens de terminer la lecture de votre roman intitulé Au Commencement.
'ai aimé son côté roman d'aventure et je pense qu'on pourrait en faire un film.
bravo

...
10.12 | 18:59

Bien le site, et à quand une rubrique pour musiciens à la recherche de contrats ou de matos. Bise

...
30.06 | 23:50

yres belle phrase les artistes sont le reflet de notre ETRE

...
09.02 | 16:02

chaton fait au pastel galerie et objets divers et tournage bois......

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